Plus je marche, plus mes semelles s'usent, plus je vois la rue, plus j'ai les jambes solides, plus je vois les gens,
plus je m'en approche, plus je connais de personnalités, plus je peux renaître en moi-même car plus je marche, plus mon sang tourne, moins je m'enfourne dans des lieux où la chute a des chances
d'être bien plus absolue, où plus on reste et plus notre sang boue, plus on boit et plus on est soluble, plus les autres sont ivres, plus c'en ai pitoyable, moins loyal, bien plus profitable, moi
je passe, je ne marche pas plus vite, j'ai ma cadence insupportable pour la plupart de mes suiveurs, plus je marche et plus je pense, plus je pense et plus je m'éloigne des mes rivaux, de mes
rivalités, je les dépasse, elle ne pourront me rattraper que si je chute de ma hauteur vertigineuse. J'entends des rires de par les fenêtres, j'entends les bombes sur mon dos, j'entends des couples
s'engueuler, j'entends des chats procréer, j'entends des flics proférer des menaces, procéder à des contrôles arbitraires, j'entends la terre frémir respirant par les rond-points, plus j'entends et
moins je suis regardant, plus je regarde et plus ce spectacle me paraît intéressant, plus je suis intéressé et plus cela se voit, plus cela se voit, moins les intéressés donnent, je donne de moi à
chacun de mes pas amortis par les doigts de pauvres esclaves de ce système que je combat... que je crois combattre, je crois que je ne pourrais jamais croire en une hypothétique décroissance, je
crois en le néant, le balayage, resteront des monuments que l'on visitera en famille, je crois plus que tout en ma famille, j'ai des idées qui fourmillent sans cesse surgissant de mes ressentis les
plus profonds, je marche à fond dans les côtes pour ne pas ralentir mon pas, je me paume volontairement pour retrouver ma volonté quand tout va mal, quand tout est pâle autour de moi, que je vois
gris, que je ne vois plus rien qui me donne envie d'exister dans ce corps, sur ces jambes, dans ces habits qui me collent à la peau, plus je marche et moins je prend de repos, plus je reproduit de
gestes différents, je cherche des chemins différents, plus je marche et plus les gens me semblent différents, maniérés, arrogants, le suis-je sûrement... j'ai l'impression d'avoir la maladie du
refus du bonheur. J'ai l'impression d'avoir été traumatisé par une chose qui m'aurait dégouté à jamais de cette affection naturellement ancrée au fond de nous pour l'être humain. Trois jours par
semaine j'ai mal au cœur, je ressens tout mes engagements pour cette histoire qui me terrifie. Il y a eu un ami généreux, l'ultime amour au coin d'une rue, une confiance que j'ai créée de toutes
pièces, une fonction afin de tout rassembler, un dossier reporté, un accepté, puis se fut l'oubli, le décès, la prise de conscience, la baffe dans la gueule... j'ai chuté mais chut
!